Winter is coming...

Fiction ou réalité ?

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Winter is coming :

fiction ou réalité ?

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Et si Game of Thrones était une fable sur l'effondrement !

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J'ai fait ce rapprochement dans une tribune que j'ai publiée le 2 octobre 2018 sur le média #rmsnews "Travail ou Emploi ? Winter is coming !" dont j'ai repris de nombreux passages pour illustrer ce site.

J'ai appris depuis que c'est justement le message que souhaitait faire passer l'auteur George R. R. Martin comme il l'a déclaré quelques jours seulement après la publication de ma tribune dans le New York Times Style Magazine en octobre 2018 : 

"J'ai commencé à écrire cette saga en 1991, bien avant qu'on ne parle de changement climatique. Mais il y a bien un parallèle à faire. Les gens de Westeros se battent pour le pouvoir, le statut et la richesse, ignorant la menace du "Winter is coming", qui est pourtant susceptible de les détruire tous et de dévaster leur monde. Eh bien nous, c'est pareil. Pendant que l'on se déchire sur des questions de politique étrangère ou que l'on se préoccupe des prochaines élections, on n'accorde pas assez d'importance au changement climatique, qui devrait être notre priorité numéro 1. Car plus rien n'aura d'importance si nous sommes morts et que nos cités sont englouties par la montée des eaux…". 

Dans le dernier hors-série de Philosophie magazine consacré à la série, Pablo Servigne évoque lui aussi ce parallèle : "Comme à Westeros, nous construisons des murs pour nous en protéger. […] Les grandes maisons du royaume s'entretuent pour le pouvoir, l'argent, etc. Mais elles ne voient pas venir les deux menaces : l'hiver et l'invasion des Marcheurs blancs. Seuls quelques-uns s'en rendent compte, comme Jon Snow qui, réaliste, s'efforce de prévenir tous les autres et de les pousser à coopérer pour survivre. […] Comme lui, il faudrait voir dans ces menaces une opportunité de se rassembler."

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Établir des parallèles entre certains films cultes et la réalité est un exercice que j’affectionne tout particulièrement. Une fois n’est pas coutume, c’est une série qui m’a inspiré. Il est vrai que dans la puissance de son récit et l’élégance de sa mise en scène, elle n’a rien à envier aux plus grands films. Je vous invite à plonger dans l’univers mythique de Game of Thrones et plus particulièrement dans l’avant-dernière saison.

Souvenez-vous… alors que la bataille pour le Trône de fer et la conquête de King’s Landing (Port Réal en français) fait rage à Westeros, la Reine s’inquiète du danger représenté par la mère des dragons. Concentrées à 300% sur leur violent affrontement, Cersei Lannister et Daenerys Targaryen sont à des années lumières de se douter que la vraie menace vient d’ailleurs… de par delà le mur. Et oui, forcément, elles en ont toutes les deux tellement bavé avant de pouvoir enfin s’affronter qu’elles prêtent peu d’attention et encore moins de crédit à ces légendes évoquant l’existence de marcheurs blancs que personne n’a jamais vus à l’exception de quelques fous… Et le Mur et sa Garde de Nuit sont là pour empêcher les sauvageons d’entrer dans Westeros.

Pour enfin avoir le privilège de s’asseoir sur le Trône du Royaume des 7 couronnes, Cersei en vu de toutes les couleurs… Elle a notamment éliminé son mari, le Roi Robert Baratheon, dû composer avec son frère Tyrion qu’elle déteste et perdu ses 3 enfants chéris – tous morts dans des conditions atroces – alors que les 2 garçons étaient pourtant monté sur le Trône. Elle a aussi connu l’incarcération humiliante dans la prison de King’s Landing et subi nue la marche de la honte imposée par le Grand Moineau… Mais il en fallait bien plus pour l’abattre. Protégée par le guerrier géant « la Montagne », elle a fini par se venger de tous les affronts endurés d’une manière diabolique. Et maintenant qu’elle règne sur Westeros, c’est une femme, venue d’Essos, le continent Est, qui la menace…

De son côté, Daenerys revient de loin… Mariée contrainte de Khal Drogo, chef d’une tribu Dothraki, puis veuve déchirée, elle aurait pu terminer brûlée vive lorsqu’elle s’est jetée dans les flammes avec ses 3 oeufs fossilisés reçus en cadeau. Elle en ressortit indemne avec ses 3 bébés dragons. Montant une armée en libérant de leurs chaines de nombreux esclaves de plusieurs cités, elle a échappé à la vengeance des esclavagistes de Meeren, sauvée par Drogon, son fidèle dragon. À nouveau prisonnière des Dothrakis, elle s’en est sortie une nouvelle fois grâce à sa maîtrise du feu. Après d’autres péripéties, elle part enfin à la conquête de Westeros et du Trône de Fer à la tête d’une armée aussi hétéroclyte qu’invincible, avec ses 3 dragons, sa flotte Greyjoy imposante et son armée composée des insouciants Dothrakis et des téméraires immaculés qui n’ont plus rien à perdre depuis qu’ils sont libres.

Leur ascension et leurs préoccupations court-termistes illustrent parfaitement l’aveuglement de nos élites biberonnées au dogme de la croissance infinie créatrice d’emplois et au mythe Schumpeterien. Les dangers affrontés par nos deux héroïnes représentent du côté de l’emploi, le chômage, les postes non pourvus et la guerre des talents sur certains métiers en tension ou encore la précarité des travailleurs de plateforme… Du côté climatique et environnemental,  les difficultés qu’elles rencontrent représentent les épisodes caniculaires, les feux de forêt, les inondations dramatiques, les tornades destructrices, la pollution de l’air, la mauvaise santé des abeilles et l’accumulation de plastique dans les océans…

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Le Mur illustre le protectionnisme, la montée du populisme, la peur de l’autre. Les sauvageons de Game of Thrones sont les migrants d’aujourd’hui. Les habitant·e·s de Westeros se montrent aussi peu accueillant·e·s à leur égard que nos gouvernants européens à l’endroit des naufragé·e·s sauvé·e·s par l’Acquarius… Les plus extrêmes de nos politiques français et européens jouent sur les peurs vivaces dans la population (chômage, violence, terrorisme). Pourtant, les migrants d’aujourd’hui, fuyant pour la majorité les conflits armés (que nous avons nous-mêmes créés, sinon ce ne serait pas drôle) dans leurs pays ne sont que des vaguelettes par rapport au véritable tsunami que vont représenter dans les 10 prochaines années les migrations climatiques. En effet, le nombre des migrants climatiques devrait selon la Banque Mondiale s’élever à 140 millions d’ici 2030. Et il pourrait atteindre les 700 millions d’ici 2050, les 10 milliards à la fin du siècle… et oui, nous risquons fort nous-mêmes d’être des migrants pour les pays nordiques un jour (si nous sommes encore là d’ici là) ! Les frontières de nos pays, pures « réalités imaginaires » décrites par Yuval Noah Harari, sont nos murs à nous (sans mêmes parler des vrais murs érigés récemment entre la Hongrie et ses voisins du sud, Croatie et Serbie, ou entre l’Inde et le Bengladesh…). Comment pouvons-nous oublier que les migrations font partie de l’aventure de Sapiens de ses origines à aujourd’hui ? Comment pouvons-nous prétendre qu’un territoire artificiellement dessiné au gré des conquêtes et des défaites de guerre puisse appartenir à une population donnée ? Si nous faisons toutes et tous partie des nombreuses espèces animales (et oui, n’en déplaise à certain·e·s, nous sommes bien des animaux) qui peuplent notre planète, cette dernière ne nous appartient pas.

Donc, les péripéties affrontées par Cersei Lannister et Daenerys Targaryen sont vraiement ANECDOTIQUES en comparaison du vrai danger, celui représenté par les marcheurs blancs. Ces créatures incarnent pour l’emploi les robots et la croissance destructrice, et pour notre avenir l’épuisement des principales ressources de la planète et l’effondrement de notre civilisation. La dernière image de l’avant-dernière saison de la série, le franchissement du Mur par le Roi de la nuit chevauchant son dragon de glace, est à l’image de l’effondrement qui a déjà commencé et qu’on ne peut plus éviter. La seule opportunité qui nous reste aujourd’hui est de réduire la hauteur de la chute et la violence de l’impact.

Là où Daenerys et Cersei sont différentes, c’est dans leur réaction par rapport à l’imminence de la menace. Khaleesi finit par se laisser convaincre par la bravoure chevaleresque et la détermination légendaire du Lord Commander Jon Snow, lorsque la Reine préfère ne pas affronter la réalité en face. Et ce malgré l’effroi qu’elle a ressenti lorsqu’elle a vu le mort-vivant, capturé au-delà du mur, ramper vers elle.

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Cersei Lannister est aussi aveugle et étanche à toute réalité contraire à sa vision du monde qu’un Emmanuel Macron ou un Donald Trump. Soit elle sait, mais elle n’y croit pas réellement, tellement c’est contraire à ses croyances et conditionnements, soit elle ne voit chaque problème qu’indépendamment les uns des autres sans aucune appréhension systémique, soit elle connait parfaitement l’étendue du danger et protège ses intérêts. Voilà bien les 3 possibilités entre lesquelles je ne parviens pas à trancher pour expliquer l’inaction des grand·e·s de ce monde.

 

Et Jon Snow dans tout ça ? Jon est l’archétype même du lanceur d’alerte, du collapsologue qui a compris avant tout le monde et qui s’évertue à convaincre ses semblables que la véritable menace n’est pas celle qu’ils croient. Heureusement, dans sa quête impossible, il tombe sur Daenerys qui représente ici la prise de conscience/position récente d’artistes et personnalités qui ont enfin entendu les cris d’alarme des scientifiques sur l’état de notre planète. Comme pour l’espèce humaine aujourd’hui, la seule option qui s’offre aux habitants de Westeros pour combattre efficacement la menace est d’associer leurs forces au sein d’une grande alliance et d’abandonner ainsi la compétition vaine pour l’entraide vitale.

Si la plus grande singularité de l’espèce humaine est de concevoir des fictions, des « réalités imaginaires« , et d’y croire, rien ne vaut une bonne fiction pour nous ouvrir les yeux, non ?

 

Ajout suite à l'épisode 3 de l'ultime saison (mai 2019)

En tant que spectateur fan de la série, j'avoue depuis l'issue de l'épisode 3 osciller entre 2 émotions paradoxales : soulagement et frustration.

 

Soulagement immédiat de voir l'alliance des humains triompher de la mort incarnée par les marcheurs blancs et les morts-vivants emmenés par le Roi de la nuit.

 

Frustration absolue, inconsolable, de voir la série (je n'ai pas lu les livres) ne pas aller au bout du message de l'auteur George R. R. Martin sur l'effondrement ou en tout cas sur les impacts du réchauffement climatique (cf l'introduction de cette rubrique plus haut). Quel manque d'audace !

Avec le Happy End prévisible - la chute de Cersei Lannister et la conquête du trône par le couple star de la série Daenerys & Jon (ou plutôt Aegon !) ou l'un·e des deux si leur idylle devait prendre fin (à moins qu'un 3ème larron... Tyrion ?)  - Game of Thrones va finalement manquer cette extraordinaire opportunité d'une fin glaciale, aboutissement inéluctable du cri d'alarme répété à l'envie par Jon : "Winter is coming !".

Imaginons un peu la "claque" que la série aurait pu mettre aux millions de fans qui suivent la série dans plus de 170 pays avec à la clé un message dressant le parallèle avec l'urgence écologique de notre époque.

 

La prise de conscience sur la gravité de la situation actuelle aurait pu être mondiale !

De la même manière que nous apprenons toujours d'avantage d'un échec que d'une victoire, une fin malheureuse ou en tout cas non absolument heureuse a souvent tellement plus d'impact !

Voici ma fin idéale (en version courte) :

Épisode 3

Le dénouement final de la bataille de Winterfell tourne à l'avantage du Roi de la nuit. Et pour ne pas anéantir trop les fans, quelques figures clés de la série (Tyrion, Jon et Daenerys, Arya, Sam, Jaime, Brienne, ...) survivent miraculeusement.

Épisode 4

Les marcheurs blancs poursuivent leur marche et détruisent tout sur leur passage et notamment Port Real avec la mort de Cersei tuée par le Roi de la nuit. Là encore, seul·e·s quelques humain·e·s échappent à la mort.

Épisode 5

Les survivant·e·s de la bataille de Winterfell parviennent finalement à terrasser le Roi de la nuit (toujours Arya), mais tout Westeros est en ruines avec un monde à reconstruire par les quelques dizaines (pas plus) de survivant·e·s.

Épisode 6 

Les survivant·e·s s'organisent pour survivre et posent les bases d'une nouvelle ère fondée sur l'entraide entre humains, dans laquelle toute quête du pouvoir absolu est jugée ridicule !

Rideau !

Avec en message final :

Voici ce qui va arriver à l'espèce humaine dans les prochaines décennies.

Les marcheurs blancs représentent l'effondrement de notre civilisation que nous ne voulons pas regarder en face, obnubilé·e·s que nous sommes par nos urgences du court terme, tellement anecdotiques par rapport à la seule et véritable urgence écologique.

Celle qui pourrait entraîner la disparition pure et simple de notre espèce, bien avant la fin du XXIème siècle.

Comme les marcheurs blancs qui franchissent le Mur à la fin de la saison 7, l'effondrement a commencé.

Il est déjà trop tard pour l'éviter. Mais, il n'est jamais trop tard pour éviter que l'issue soit encore pire...

Si nous ne faisons rien, si nous ne changeons pas immédiatement - non pas le système actuel (notre société capitaliste, ultra-libérale, mondialisée), mais de système en inventant de nouvelles règles pour préserver la Vie sur Terre - nous disparaitrons inéluctablement.

Si nous agissons tout de suite, nous pouvons anticiper en préparant dès aujourd'hui les conditions indispensables à notre propre survie, comme l'ont fait les héros de la série en expérimentant l'entraide, même entre ennemi·e·s.

Nous avons le choix !

The End !

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Crédit Photos : Game of Thrones

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