• Jean-Christophe Anna

2024... et si les JO de Paris n'avaient pas lieu !



En ce 20 juillet 2019, 3 semaines après l'épisode caniculaire historique que la France a connu fin juin et 2 jours avant le second - oui... la canicule revient à partir de lundi - je vous propose un petit saut temporel en 2024. Imaginons avec une pincée d'anticipation et un zest d'extrapolation ce que pourrait être notre monde dans 5 ans, aux 4 coins du globe.


Je vous propose d'initier cette série "2024" avec... Paris, forcément. Une simple requête 2024 dans Google (version française, je précise, bien qu'une recherche à partir de la version US génère des résultats proches) vous donne une tendance on ne peut plus claire sur l'événement planétaire n°1 prévu cette année-là pour des humains vivant en 2019 : les JO de Paris pardi !



Oui, mais voilà, au rythme actuel d'accélération fulgurante des incidents écologiques, à l'aube d'une nouvelle crise financière - et donc économique - que les plus grand·e·s spécialistes imaginent apocalyptique, alors que la grogne et le mal-être social ont atteint des sommets en France avec la crise des Gilets Jaunes, que les migrations s'intensifient, que de plus en plus de pays basculent dans le populisme et que les premières tensions pétrolières apparaissent dans le Golfe persique... il va assurément se passer beaucoup, beaucoup, vraiment beaucoup de choses dans les 5 prochaines années.


Et si... les JO de 2024 n'avaient pas lieu !




Paris 2024



En ce matin du 26 juillet 2024, il est 5h... et pourtant Paris dort profondément.


La Ville Lumière n'a jamais été aussi belle. La nature y a repris ses droits, s'épanouit et respire un air d'une pureté retrouvée. En 2 ans à peine, celle qui fut baptisée la plus belle avenue du monde s'est muée en immense jardin à la végétation luxuriante. De l'Obélisque de la Concorde à l'Arc de Triomphe, "Les Champs" le sont enfin devenus ! Et ils ont adopté le rouge comme couleur dominante, le rouge des coquelicots plantés par milliers au printemps 2022.


4 ans plus tôt, à la fin de l'été 2018, une quinzaine de citoyen·ne·s avaient lancé leur appel "Nous voulons des coquelicots" pour exiger des gouvernants, au premier rang desquels le Président Emmanuel Macron, l'interdiction de tous les pesticides de synthèse en France.



En avril 2019, la Maire de Paris s'était mobilisée avec l'association pour promouvoir le zero pesticide en invitant les Parisien·ne·s à semer des graines de coquelicots dans plusieurs lieux de la ville. Sans le savoir, Anne Hidalgo, leur avait en quelque sorte montré la voie. Au Printemps 2022, les militant·e·s de l'association étaient donc parti·e·s à la conquête des Champs-Elysées avec l'ambition d'en faire le Graal symbolique de leur lutte. Qui aurait pu croire au début de l'aventure que leur combat serait couronné de succès aussi vite, au bout de 3 ans et demi seulement ? Il est vrai que la démission de Nicolas Hulot, à la rentrée 2018, avait clairement semé le doute sur les réelles ambitions écologiques d'Emmanuel Macron. Malgré son engagement de campagne, ce dernier avait finalement renoncé, quelques mois plus tard, à interdire le Glyphosate en 2021. La guerre déclarée par l'Association Coquelicots aux fabricants de pesticides et notamment à "l'empire du mal", le mastodonte Bayer-Monsanto, semblait donc perdue d'avance. Mais ça c'était avant le "tsunami financier" de 2020.


Le domino financier fut donc le premier à chuter, le premier de l'impitoyable série qui allait déclencher la phase terminale de l'effondrement de notre civilisation thermo-industrielle début 2022. 50 ans pile après les prévisions du Rapport Meadows. 50 ans d'inaction absolue des gouvernants de notre monde. 50 ans d'une fulgurante accélération avec pour unique objectif cette croissance infinie, infiniment destructrice... Aucune étude ou rapport du GIEC, aucun cri d'alarme de scientifiques désespérés, aucune marche, action de désobéissance civile ou discours... aucune COP... Rien, vraiment rien, n'avait pu enrayer la course folle de notre société capitalo-libérale, droguée au pétrole, à la spéculation et à l'hyper consommation. Les incidents climatiques avaient eu beau se multiplier et gagner en intensité depuis l'été 2018, cela n'avait pas suffi.


La lame de fond du "méga" krach boursier de décembre 2020 avait tout emporté, la plupart des grands établissements financiers mondiaux et notamment 3 des 4 banques systémiques(*) françaises (Société Générale, BNP Paribas et Crédit Agricole) étaient tombé·e·s. Les États dramatiquement endettés n'avaient plus suffisamment de liquidités pour les sauver. Aux 4 coins du monde, les guichets avaient été pris d'assaut par la population complètement paniquée. En France, seul le groupe BPCE, re-nationalisé pour un sauvetage d'urgence par Edouard Philippe et son fidèle ministre de l'économie Bruno Lemaire, s'en était miraculeusement sorti. La crise économique historique qui avait naturellement suivi allait provoquer de nombreux dégâts, parmi lesquels l'effondrement du géant Bayer fin 2021.


L'opération "Plantons des coquelicots sur les Champs" avait été imaginée pour célébrer cette victoire inespérée des citoyen·ne·s face à la puissante industrie chimique, soutenue par la FNSEA et le pouvoir en place. "Stop à l'artificiel, place au naturel ! Stop aux pavés, place aux coquelicots !" était le refrain entonné par ces euphoriques rebel·le·s qui avaient déboulé à la mi-avril 2022, le sourire éclatant aux lèvres, place de l'Étoile. C'est donc ainsi que les anciens marécages, transformés par Louis XIV et Le Nôtre en voie royale à la sortie des Tuileries en direction de Versailles, retrouvèrent leur dimension végétale.




En ce matin du 26 juillet 2024, il est 6h... et pourtant Paris dort toujours.


Les rues sont désertes. Seul·e·s quelques centaines d'éternel·le·s amoureux·euses de l'ancienne capitale française n'avaient pu se résigner à l'abandonner après le massif exode urbain de 2021. En 2019, Elisabeth Borne alors Ministre des Transports, avait signé l'arrêt de mort du train de fret Perpignan-Rungis au profit du transport routier qui augmentait ainsi de 250 poids lourds quotidiens supplémentaires avec l'inévitable pollution associée. Ce fait d'arme lui fut d'ailleurs vivement reproché lorsqu'elle fut nommée Ministre de la Transition écologique en remplacement du démissionnaire François de Rugy. Évidemment, elle était sans doute bien loin d'imaginer que la crise de 2020-2021 allait faire exploser le prix du baril de pétrole et donc forcément... le prix à la pompe. Soutenue et appuyée par les Gilets Jaunes, la grève dure des chauffeurs routiers au début du mois de juin 2021 paralysa tout le pays pendant 10 jours. N'étant plus approvisionnées, les grandes villes n'avaient pas tenu le choc. Au bout de 4-5 jours, les supermarchés s'étaient retrouvés dévalisés, complètement à sec. Tout comme Lyon, Lille, Bordeaux, Toulouse, Nantes et Strasbourg, Paris s'était progressivement vidée de ses habitant·e·s. Seules Nice et Marseille avaient pu profiter d'un petit répit très relatif grâce à la mise en place d'un commerce méditerranéen de proximité avec Barcelone et Gènes.


À l'instar de la communauté afro-américaine demeurée à Détroit après l'effondrement des constructeurs automobiles dans les années 1970, les "derniers Parisiens" avaient développé la permaculture urbaine pour assurer leur autosuffisance, un peu partout, au Jardin du Luxembourg, au Jardin des Tuileries, au Jardin d'Acclimatation... mais aussi Place des Vosges, aux Buttes de Chaumont ou encore boulevard Richard Lenoir. L'un des "derniers Parisiens" était plus célèbre que les autres. Il se déplaçait souvent sur la Seine en Canoë, arborant fièrement ses 3 médailles d'or au cou.

Mais, ce matin, c'est pieds nus que Tony Estanguet déambule, tel un zombie, rue de Rivoli en direction de la Concorde. Cette journée du 26 juillet devait être SA journée, celle de l'ouverture des Jeux Olympiques 2024, de retour à Paris 100 ans après l'édition de 1924. En longeant l'Hôtel de Ville, il se remémore avec émotion ce jour si joyeux du 13 septembre 2017 où il était tombé dans les bras d'Anne Hidalgo lorsque Paris fut officiellement désignée pour l'organisation des JO de 2024, par le CIO réuni à Lima, au Pérou.



« Nous les avons choisis parce que ce sont des femmes et des hommes qui rendent les choses possibles. » C'est en ces termes que le triple champion olympique avait présenté la belle équipe qu'il avait constituée. Oui, mais voilà, si comme le disait Napoléon "Impossible n'est pas français", organiser les Jeux de la XXXIIIème olympiade de l'histoire moderne était bel et bien devenu... impossible dès 2021. Comment donc organiser l'un des plus grands événements planétaires alors que notre société mondialisée s'est effondrée, que la finance est exsangue, que l'économie a été stoppée brutalement dans son élan, que les avions sont cloués au sol, faute d'approvisionnement en Kérosène et surtout... que de nombreux régimes politiques ont été renversés dans des pays comme l'Allemagne, la Grèce, la Suède, le Danemark, l'Espagne, l'Autriche, le Canada, le Mexique, le Japon... ou même la patrie des Droits de l'Homme, la France ! Si solide fut-elle, l'équipe organisatrice des JO de Paris n'avait pas survécu à la plus grande crise de l'histoire de l'humanité. À l'été 2022, Guy Drut, le sage de l'équipe, avait fait une dernière tentative pour ramener à la raison son ami Tony en prenant le temps de lui expliquer que la gravité de la situation était incompatible avec la tenue des Jeux 2 ans plus tard à Paris, sauf à les transformer en une nouvelle version du célèbre jeu TV Intervilles... Guy Drut l'avait donc invité à tourner enfin la page JO 2024 et à venir s'installer dans son écovillage en Bretagne, la seule région de France épargnée en période estivale par les épisodes caniculaires de plus en plus intenses et longs depuis 6 ans. Mais, Tony littéralement plongé dans un état de sidération avancée depuis l'exode urbain de 2021, n'avait pu se résoudre à l'évidence.


« Jamais 2 sans 3. Jamais 2 sans 3. Jamais 2 sans...3. » Ce fameux proverbe tournait en boucle dans sa tête en ce matin du 26 juillet, telle une obsession entre bénédiction et malédiction. Le Président du Comité d'organisation des JO 2024 avait su faire de ce proverbe une force, celle qui lui avait permis de remporter, malgré l'échec de 2008, sa 3ème médaille d'or olympique en canoë monoplace slalom (C1) en 2012... à Londres, la ville qui avait justement privé Paris des Jeux pour la 3ème fois, après les échecs des candidatures de 1992 et 2008.



« Jamais 2 sans 3. Jamais 2 sans 3. Jamais 2 sans...3. » Après l'annulation de la Coupe du Monde de 2022 au Quatar et celle de l'Euro 2024, les Jeux de Paris étaient la 3ème grande compétition mondiale à succomber à l'effondrement systémique mondial, en plus de toutes les autres, Tour de France, Roland-Garros et Wimbledon, F1, Champions League et autres championnats nationaux ou internationaux d'athlétisme, de gymnastique, de Foot, Rugby, Handball, Basket, Voleyball, Hockey...

« Jamais 2 sans 3. Jamais 2 sans 3. Jamais 2 sans...3. » La chance semble enfin sourire à nouveau au seul athlète français de l'histoire triple champion olympique en individuel et dans la même discipline : le 3ème Velib abandonné qu'il croise dans la rue à la hauteur du Louvre est le bon. Il l'enfourche et pédale à vive allure le long des Tuileries.



En ce matin du 26 juillet 2024, il est 6h30... et le soleil se lève.


En remontant les Champs, à peine laisse-t-il le Petit Palais sur sa gauche, qu'il tourne spontanément la tête vers la droite en direction du Palais de l'Élysée. Une pensée lui traverse alors l'esprit : « Et dire qu'il y a 5 ans, je posais sur la même photo que celui qui fut peut-être le tout dernier Président de la République française, c'est quand même dingue... ». Après la très longue crise des Gilets Jaunes qui dura plus de 30 semaines de novembre 2018 à juillet 2019, les affaires Benalla et de Rugy, les violences policières devenues insoutenables pour une grande majorité des Français et l'inaction climatique absolue malgré les nombreuses marches et le succès de l'Affaire du siècle, le Président et son gouvernement avaient connu des records historiques d'impopularité. La violente grève des chauffeurs routiers en juin 2021 avait été fatale...


Devant le soulèvement populaire des "gaulois réfractaires", plus décidés que jamais à venir le chercher à l'Élysée, et ne pouvant plus compter ni sur la Police, ni sur l'Armée, toutes deux démobilisées, "Jupiter" avait dû abandonner ses terres, exfiltré en hélicoptère.

Il fut un court moment question de mettre sur pied une assemblée constituante pour rédiger une nouvelle constitution. Mais, l'exode urbain massif qui suivit cette crise globale financière, économique, sociale, politique et culturelle - soit les 5 stades de l'effondrement selon Dmitry Orlov - eut raison de cet ambitieux projet. Comme l'avaient prédit Pablo Servigne, Yves Cochet, Rob Hopkins ou encore Arthur Keller, la résilience post effondrement serait locale à l'échelle de petites unités (villages en transition, écovillages) interconnectées.



Arrivé au pied de l'Arc de Triomphe, Tony Estanguet s'arrête, pose son vélo et grimpe au sommet. Depuis la terrasse du monument, il contemple les milliers de coquelicots des Champs mis en lumière par les premiers rayons du soleil levant. Cela faisait plusieurs semaines qu'il attendait ce moment. Car, il en était convaincu, pour accepter réellement que ses JO n'auraient pas lieu, il lui fallait le voir de ses propres yeux. Voir ces Champs où les athlètes des différentes délégations auraient dû défiler ce 26 juillet depuis le Rond-Point des Champs jusqu'à la place de l'Étoile avant de tourner autour de l'Arc - une idée audacieuse suggérée par Philippe Decouflé, chargé une nouvelle fois de la Chorégraphie de la cérémonie d'ouverture, après le succès des JO d'Albertville en 1992. Voir cet Arc de Triomphe qui aurait dû recevoir la flamme olympique portée sur les derniers mètres, pour la première fois, par un duo de champions, Marie-José Perec et Zinédine Zidane. Voir toutes ces grandes avenues, Marceau, Iéna, Kléber, Victor Hugo, Foch, Grande-Armée, Carnot, Mac-Mahon, Wagram, Hoche et Friedland accueillir les artistes, musicien·ne·s et danseurs·euses du show démesuré signé Découflé.


« Paris ! Paris abandonné ! Paris vidé ! Paris délaissé ! Mais Paris libéré ! Libéré des voitures, motos et scooters de ce trafic automobile incessant, bruyant et polluant. Libéré de ces mégots et déchets humains si écoeurants. Libéré de ce pouvoir monarchique et oligarchique si méprisant. Paris magnifié par cette nature sauvage qui déborde de partout. Paris animé par des abeilles qui butinent, des papillons qui papillonnent, des oiseaux qui chantent. Paris perdu pour les JO, mais Paris gagné par la puissance de la vie sous toutes ses formes. Paris vivifié ! » Pendant quelques secondes Tony s'est pris pour le grand Charles. Il le sait, il vient de basculer de la dépression profonde de ces 3 dernières années dans cette phase d'acceptation salutaire, celle qui va lui apporter la sérénité dont il a tant besoin. Un immense sourire illumine son visage.




(*) : une banque systémique est une banque qui cumule les activités de détail et de spéculation. L'une des recommandations des experts sollicités (comme Paul Jorion) après la crise de 2008 fut de séparer ces deux types d'activité, voire d'interdire la spéculation. Évidemment, ils ne furent pas écoutés.



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