• Jean-Christophe Anna

Anticiper et vivre l'effondrement selon Olivier Billaud

Mis à jour : 22 août 2019



Cette série d'interviews "Anticiper et vivre l'effondrement" s'enrichit en ce début juillet 2019 d'une 4ème contribution. Une excellente opportunité de découvrir Olivier qui anime la chaine YouTube "Collapso" où il propose chaque mois une interview vidéo long format pour aborder avec un·e expert·e les différentes dimensions de l'effondrement (climatique, énergétique, économique, financière, politique...).



LE CONCEPT DE LA SÉRIE


Plutôt que d'interroger une énième fois sur l'effondrement, ses causes, ses mécanismes, ses impacts, ... j'ai choisi à l'instar du livre "Une autre fin du monde est possible - Vivre l'effondrement (et pas seulement y survivre)" *, que je vous recommande vivement, d'ouvrir la réflexion sur comment vivre avec. En posant 2 questions simples (celles qui me taraudent depuis quelques mois) - Comment anticiper ? Comment se préparer individuellement ? - et en risquant un pronostic : Quel domino va tomber en 1er et quand ?

Et pour y répondre, j'ai décidé de solliciter à la fois les expert·e·s reconnu·e·s de l'effondrement et des sujets connexes (Pablo Servigne, Agnès Sinaï, Yves Cochet, Jean-Marc Jancovici, Vincent Mignerot, Philippe Bihouix, Cyril Dion, ...), mais aussi des personnalités qui cherchent à comprendre via leurs médias respectifs (Alexia Soyeux, Clément Montfort, Thinkerview, Mr Mondialisation, Axel Lattuada, Lénie Cherino et Mathieu Duméry, Félicien Bogaerts...) ou encore des explorateurs·trices qui expérimentent déjà de nouvelles façons de vivre.

Olivier fait partie de cette 3ème catégorie.



L'INVITÉ : OLIVIER


Mini bio très personnelle


Voici le petit texte que m'a envoyé Olivier (en plein déménagement/changement de vie) :

"J'ai 32 ans. Je suis né en région parisienne, j'ai grandi en région parisienne, puis fait quelques passages dans des banlieues de villes (Caen, Nantes). Je suis donc un "enfant des villes" plutôt qu'un "enfant des champs". Et pourtant, cette année, en 2019, j'ai pris la décision de quitter Paris et d'aller vivre en Dordogne, dans un tout petit village du nom de Piégut-Pluviers. J'ai toujours été curieux, ce qui m'a permis d'expérimenter de nombreuses choses, notamment dans les études. J'ai ainsi eu la chance d'être à la fois ingénieur en environnement de l'ENSTA ParisTech, économiste du développement durable, et de finir ma scolarité à Sciences Po Paris, avec un master en communication. J'ai ensuite tout de suite créé mon entreprise dans le développement web et la gestion de projets complexes. Seulement, l'année dernière, l'envie de tout quitter m'a rattrapé : j'ai arrêté de travailler à plein de temps, j'ai lancé une chaîne Youtube, "collapso", pour parler des théories autour de l'effondrement, des problèmes sociétaux que l'on rencontre, et éventuellement aussi de transition, de résilience, de savoir-faire, de tout ce qu'on pourrait faire pour s'en sortir la tête la plus haute possible. J'ai aussi eu la chance de voyager à l'étranger (dissonance cognitive : oui, mon bilan carbone n'a pas toujours été au top), mais aussi de traverser la France à vélo en 2016. Aujourd'hui, une nouvelle aventure est lancée, et j'espère bien continuer à contribuer en bien aux changements que nous allons avoir dans les prochaines années. Avec vous toustes, j'espère !"



Je vous invite à découvrir ses interviews sur YouTube. Le mois dernier, Olivier accueillait sur son plateau Arthur Keller.




L'INTERVIEW



1. L’effondrement de notre civilisation est inéluctable.

Quelles sont selon toi les 3 principales mesures à prendre pour anticiper, amortir le choc et préparer demain ?


À cette question, il y a plusieurs échelles : individuelle, cercle proche et État.


  • L’échelle individuelle, c’est l’échelle de soi avec soi-même.

Comment anticiper et amortir le choc ? Il est nécessaire de se connaître correctement. Connaître ses propres qualités, connaître ses propres défauts. Connaître ses aspirations, ses craintes, ses espoirs, sa façon de réagir émotionnellement aux événements extérieurs, sa façon de réagir aux attaques, aux insultes, aux moqueries, au temps qui passe. Connaître aussi comment on réagit aux compliments, aux moments de tendresse, aux moments d’extase. Il est important également de trouver et de se rapprocher de son Ikigai, sa “raison d’être”. Qu’est-ce qu’on fout ici sur Terre ? On se pose tous la question mais peu de personnes cherchent vraiment la réponse. Ou trop tard, une fois que les possibilités de changer sont moindre.

Pour réaliser tout ça, il y a un énorme travail d’introspection, via potentiellement une psychothérapie, via des lectures, via des visionnages de conférence, via de la méditation et pourquoi pas, une pratique spirituelle, via des exercices personnels (se soumettre volontairement à certaines contraintes pour voir comment on réagit). Par exemple, en 2016, moi qui n’avais jamais voyagé seul, j’ai décidé de louer un vélo et de partir de Paris pour rejoindre Nantes puis Dax dans les Landes en pédalant en solitaire. J’ai roulé près de 1200km, connu quelques galères mais quelques excellents moments également. Rien de mieux pour vivre avec soi-même !


  • L’échelle du cercle proche est liée à nos modes d’action au quotidien.

Ce sont toutes les personnes avec qui je peux interagir même sans téléphone. Les personnes à proximité de moi. Dans les grandes villes, ce cercle est énorme, mais diffus : on n’a pas une relation de proximité avec ces différentes personnes et peu de liens se sont tissés. À la campagne, on a un cercle plus réduit, mais plus fort.

Se pose à ce stade la question de l’autonomie : en prenant en compte ce cercle proche, suis-je capable de manger ? De boire ? De m’éclairer ? De me chauffer ? D’avoir un toit ? De réparer mon logement s’il a un problème ? De traiter mes déchets et eaux usées ? De me chausser ? De fabriquer des outils ? D’avoir des produits d’hygiène ?

Si on est capable soi-même de répondre à ces besoins, tant mieux, on est sur la bonne voie. Si on n’est pas capable, il faut alors voir si d’autres personnes sont capables de nous fournir ces biens et services de façon autonome ; et trouver une monnaie d’échange… donc être soi-même capable de leur fournir quelque chose qu’ils n’ont pas.

Si l’économie s’effondre, l’euro pourrait ne plus être une monnaie de confiance pour les habitants, et il faudrait donc trouver autre chose à donner à nos fournisseurs.

Le plus intelligent est donc bien d’avoir le plus de savoir-faire d’autonomie possible. Apprenez, sachez faire, sachez tout court, soyez le moins possible dépendant des autres, d’outils, du système industriel pour faire absolument tout ce que vous faites. Ce n’est pas par volonté de vous isoler par rapport à la société, mais par volonté d’être capable, si elle ne vous aide plus un jour, de vous en sortir vous-même. Si un pourcentage élevé de la population apprend dès maintenant à être autonome, nous avons une chance de nous en sortir même si la société se disloque pour une raison ou pour une autre. C’est donc par les savoir-faire que l’on s’en sortira le mieux.


  • L’échelle étatique est également déterminante.

À l’heure actuelle, elle décide des lois et de leur application. Elle peut donc facilement favoriser l’émergence de nouvelles solutions, tout comme elle peut la défavoriser. En ce moment, c’est d’ailleurs le cas : avec toutes les normes qui existent, les lois d’urbanisme, le contrôle sur tout, en France, les “nouvelles façons de faire” ont peu de chance de voir le jour.

J’en appelle à un darwinisme des transitions : plus on propose et favorise des expérimentations partout sur le territoire, et plus l’on permet collectivement d’apprendre de nouvelles façons de faire. On invente des outils low-tech, on réapprend à bâtir des maisons soi-même, on se réapproprie l’agriculture sans intrants, etc. L’État peut et doit encourager ces nouvelles initiatives. Et mettre toute son énergie à aider les chercheurs de la transition.




2. Comment te prépares-tu à titre individuel à l’arrivée de l’effondrement dans son stade ultime ?


Personnellement, j’ai pris la décision pour le moment de quitter la ville et d’aller habiter à la campagne. De Paris en Dordogne. Un gros changement de vie pour moi ! Cela faisait 12 ans que j’habitais Paris intra-muros, et que je n’avais de contact avec la nature que lors de mes vacances et voyages.

C’est un premier pas. Et clairement pas le plus simple. Quand on a une vie posée en ville, avec un bel accès à la culture et aux services publics, un salaire convenable, des amis de longue date, à quoi bon partir ? Pourquoi ?

Ce cheminement a mis du temps, mais j’y suis finalement arrivé et je pars cet été, en juillet 2019. J’ai plusieurs buts avec ce départ :

  • commencer à acquérir des savoir-faire favorisant ma résilience et mon autonomie future ;

  • continuer à imaginer de nouvelles formes de société et de vivre-ensemble ;

  • parler, via ma chaîne YouTube "Collapso", de cette transition, des avantages et cinconvénients, et de montrer le résultat de mes recherches. Je souhaite devenir un chercheur de la transition.



3. Double pronostic : quel domino va-t-il tomber en premier et quand ?


Aucune idée.

J’analyse les signes : je vois que des effondrements arrivent déjà localement à certains endroits de la planète. Comment le Venezuela par exemple va sortir la tête de l’eau ? Comment va se passer la géopolitique du Moyen-Orient, avec les tensions irano-américaines récentes ? La sécheresse en Inde va-t-elle pouvoir être battue ?

L’épisode caniculaire un mois de juin cette année fait se poser des questions à de nombreuses personnes. Quand on voit que même Jean-Michel Aphatie commence à parler de décroissance volontaire à la radio, on comprend que nous sommes à un point de bascule.



Je n’ai aucune idée de ce qui va tomber et ce qui va résister. Tout ce que je sais, c’est qu’on doit se préparer à n’importe quelle éventualité. Notre société est plus fragile que jamais, et nous avons le devoir moral de nous préparer. Si un domino tombe un jour, nous serons prêts. Si finalement la société tient le coup et que l’humain trouve un moyen de s’en sortir par le haut, ça sera tant mieux et nous aurons quand même beaucoup appris. Le meilleur moyen de ne pas tomber dans une posture “çavapétiste” ou “àquoiboniste” (cf Pablo Servigne & co), c’est encore de ne pas trop se poser cette question. C’est en tout cas le choix que je fais, tout en précisant à tous ceux qui veulent bien m’écouter qu’il faut se préparer quand même à subir éventuellement un effondrement.



Merci Olivier ! :)



Découvrez les autres 'interviews de la série :



À bientôt pour une prochaine interview.


______________________ Effondrement & Renaissance a une triple ambition :

1. Mieux appréhender l'effondrement

2. Comprendre les raisons de notre inertie

3. Construire une nouvelle société préservant la vie sur Terre

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