• Jean-Christophe Anna

Bornée ou éclairée, l'utopie que nous choisirons décidera de notre avenir !



« Vous ne pouvez résoudre un problème avec le même type de pensée qui a créé le problème. » Albert Einstein



Utopie !


Rêve visionnaire ou fantasme imaginaire ?

Lumineuse anticipation ou dangereuse hallucination ?

Élargissement du champ du possible ou égarement d’un délire impossible ?


Si à l’origine, dans l’œuvre "Utopia" de Thomas More, l’utopie désigne à la fois la société idéale inventée par l’auteur et le un lieu imaginaire où elle a pris racine, ce formidable et puissant concept est malheureusement trop souvent victime de son autre signification, négative, celle qui fait d’elle une réalité difficilement admissible, impossible, irrationnelle.

Il suffit alors de qualifier une idée, un concept, une projection d’ "utopique" pour brutalement la disqualifier.


Mais, c’est bien là l’extraordinaire paradoxe de l’utopie. Bon nombre de géniales inventions ou de brillantes idées n’auraient pas vu le jour si leurs créateurs avaient jeté l’éponge suite à de telles accusations purement conformistes. Car, à un instant T, tout ce qui n’existe pas encore est forcément "utopique", conditonné·e·s que nous sommes par l’époque à laquelle nous vivons, la société dans laquelle nous évoluons et les récits auxquels nous croyons. Combien d’inventions a priori complètement loufoques, inadmissibles, voire ridicules, sont-elles devenues par la suite brillantes et indispensables pour finir par être considérées comme purement banales ? En voici spontanément quelques-unes : la photographie, le cinéma, l’avion, la voiture, le sous-marin, la fusée spatiale et le satellite, le téléphone portable, le smartphone, l’ordinateur, le web, l’IA… Sans parler de ces innombrables révolutions plus ou moins grandes, dont certaines ont changé nos vies : accoucher sans douleur, marcher sur la lune, piloter une opération chirurgicale à distance, cloner un animal, ouvrir une porte sans clé, rembourser les soins, être payé·e·s pendant nos vacances, évoluer librement dans un monde complètement virtuel en éprouvant les mêmes sensations que dans le monde réel…


Ainsi le bon sens le plus élémentaire peut se voir taxer, à tort, de pure folie. Et le délire le plus irrationnel être qualifié dans le même temps de comportement le plus raisonnable. C’est exactement ce que nous vivons aujourd’hui ! Quand la communauté scientifique est désespérée, que tous les indicateurs sont au rouge carbonisé, que les incidents climatiques et les signes d’effondrement se multiplient, le bon sens le plus élémentaire est de changer radicalement et immédiatement le fonctionnement de notre société, sous peine de voir notre espèce disparaitre prématurément. Or, très nombreux·euses sont celles et ceux – politiques, oligarques, financiers, économistes, journalistes et éditorialistes ou simples citoyen·ne·s – qui préfèrent traiter les collapsologues d’ "obscurantistes", de "prophètes de malheur" ou de "charlatans de l’apocalypse", tout en continuant de croire très sérieusement à la possibilité d’une croissance infinie dans un monde aux ressources finies. Ce qui relève, nous sommes d’accord, du délire le plus irrationnel.


« Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. » Kenneth Boulding





Je vous propose donc d’envisager l’utopie sous ses deux dimensions, la plus enthousiasmante et la plus irritante, la plus lucide et la plus stupide, l’éclairée et la bornée !


La première est celle qui a l’audace de proposer une vision, d’imaginer de nouvelles règles du jeu, d’inventer un système singulier, une nouvelle société, un autre monde plus ancré.

La seconde est celle qui consiste, coûte que coûte, à maintenir et entretenir un système, un mode de fonctionnement, un rapport au monde, profondément inadapté.


Engageante, l’utopie éclairée est une menace réelle pour un système qui, en fin de vie, est sur le point de basculer.

Aveuglante, l’utopie bornée est présentée comme rationnelle par la minorité dirigeante qui sent le pouvoir lui échapper.


La première est convaincue qu’il est "utopique" de prolonger un rêve artificiel, qui vénère le matériel tout en étant totalement déconnecté du réel. Elle juge criminelle les dimensions extractiviste et productiviste de notre modèle de civilisation.

La seconde cherche à nous convaincre qu’il est "utopique" de raconter un nouveau récit. Elle ignore les alertes de la science et fait fi des lois fondamentales de la physique et de la thermo-dynamique. Elle juge déraisonnable la sortie de l’Europe, l’abandon de l’Euro ou la fin de la mondialisation.


Lucide, l’utopie éclairée est consciente de la gravité de la situation et de l’urgence d’agir afin de sauver la vie sur Terre, d’éradiquer les insupportables inégalités humaines et d’imaginer enfin une réelle démocratie.

Stupide, l’utopie bornée poursuit sa fuite en avant totalement inconsciente et accélère même – toujours plus vite, toujours plus haut, toujours plus fort – dans un délire technologique, ignorant qu’elle est en fin de vie…


« L’utopie n’est pas l’irréalisable, mais l’irréalisé. » Théodore Monod


La première s’autorise à imaginer de nouvelles solutions et à prendre les décisions radicales qui s’imposent pour remplacer le toxique "système des 3C" - Croissance, Compétition, Consommation - par la vertueuse "dynamique DEF" : Décroissance, Entraide, Frugalité.

La seconde, enfermée dans ses dogmes et n’ayant aucun intérêt à ce que les choses changent, cherche à décridibiliser ces solutions et ces décisions en les présentant comme ubuesques, impossibles, infinançables, irréalisables, irraisonnées.


Enthousiasmante, l’utopie éclairée ne se pose pas la question de la possibilité, mais plutôt celle de la nécessité. Elle a compris qu’il était impossible de changer LE Système et que notre salut implique de changer DE Système. Elle est consciente que nous avons fait fausse route, que pour adopter un mode de vie enfin soutenable, il va nous falloir passer d’une logique du remplacement à une logique de l’abandon et que la seule solution est une révolution.

Exaspérante, l’utopie bornée ne se pose aucune question – à quoi bon ? – et fonce tête baissée vers le précipice de l’effondrement. Elle nous vend de nouveaux rêves toujours plus délirants - hybridation homme-machine, vie éternelle, conquête de Mars ou même de l’univers – et saupoudre de vert son entreprise de destruction massive pour mieux la poursuivre, vantant les mérites d’une fausse transition.


« Comment prendre pour "réaliste" un projet de modernisation qui aurait "oublié" depuis deux siècles de prévoir les réactions du globe terraqué aux actions humaines ? Comment accepter que soient "objectives" des théories économiques incapables d’intégrer dans leurs calculs la rareté de ressources dont elles avaient pourtant pour but de prévoir l’épuisement ? Comment parler d’ "efficacité" à propos de systèmes techniques qui n’ont pas su intégrer dans leurs plans de quoi durer plus de quelques décennies ? Comment appeler "rationaliste" un idéal de civilisation coupable d’une erreur de prévision si magistrale qu’elle interdit à des parents de céder un monde habité à leurs enfants ? » Bruno Latour – "Où atterrir ? "





Nous avons désormais toutes et tous le choix.


Soit, nous décidons de nous réveiller, de nous rebeller (vraiment), acceptant au passage d’abandonner notre petit confort, en nous débranchant progressivement du Système dominant, et nous nous organisons pour bâtir une stratégie commune et viser un objectif commun : sauver la vie sur Terre !

Dépolluer, nettoyer, réparer, revivifier, reboiser, ré-ensauvager… nous ne risquons pas de nous ennuyer, il y aura du travail pour tout le monde pendant des dizaines d’années.


Soit, nous renonçons, nous restons hypnotisé·e·s, anesthésié·e·s, sous l’emprise du "monstre", de cette "grande machine" qui nous endort, nous asservit et nous brutalise toujours plus violemment, psychologiquement et physiquement, et nous vivrons bien avant la fin du siècle la disparition de notre propre espèce de la surface de la Terre…

La seule incertitude sera alors de savoir si nous finirons asphyxié·e·s, assoifé·e·s, affamé·e·s ou… brulé·e·s.


J’ose espérer que vous avez déjà tranché pour la première option. Quel formidable défi d’écrire toutes et tous ensemble cette nouvelle histoire.


Si vous avez du mal à y croire et que vous êtes curieux·euse d’en savoir plus, faites abstraction de vos a priori, de vos repères, de vos conditionnements les plus profonds et plongez avec moi afin de découvrir à quel point le champ des possibles est extraordinaire.

Avant la publication de mon prochain livre qui vous donnera les clés de cette folle épopée que je vous propose de vivre, je vous invite à découvrir les articles suivants :


Enfin, si vous pensez que je suis fou, vous avez raison. Et je vous répondrai que seule la folie a une chance de nous sauver. Mais, si cette folie vous fait peur, rendormez-vous vite, je suis désolé de vous avoir dérangé·e.


« Si on veut obtenir quelque chose que l’on n’a jamais eu, il faut tenter quelque chose que l’on n’a jamais fait. » Périclès



Crédit Photo : illustration de la couverture de l'une des éditions du Roman "Ecotopia" d'Ernest Callenbach.


Je vous recommande vivement la lecture de cet extraordinaire roman d'anticipation. Écrit en 1975 (l'année de ma naissance !), il et incroyablement d'actualité et donne de belles pistes de réflexion quant à la société qu'il nous reste à inventer.


Ci-dessous, la description de l'édition française sur le site de l'éditeur "Rue de l'échiquier".


Le roman visionnaire qui annonce l’émergence d’une société véritablement écologique. L’envers de 1984 !


Trois États de la côte ouest des États-Unis – la Californie, l’Oregon et l’État de Washington – décident de faire sécession et de construire, dans un isolement total, une société écologique radicale baptisée Écotopia. Vingt ans après, l’heure est à la reprise des liaisons diplomatiques entre les deux pays. Pour la première fois, Écotopia ouvre ses frontières à un journaliste américain. Au fil de ses articles envoyés au Times-Post, William Weston décrit tous les aspects de la société écotopienne : les femmes au pouvoir, l’autogestion, la décentralisation, les 20 heures de travail hebdomadaire, le recyclage systématique, le rapport à la nature, etc. Quant à son journal intime, il révèle le parcours initiatique qui est le sien : d’abord sceptique, voire cynique, William Weston vit une profonde transformation intérieure. Son histoire d’amour intense avec une Écotopienne va le placer devant un dilemme crucial : choisir entre deux mondes.

Récit utopique publié en 1975, traduit depuis dans le monde entier et vendu à plus d’un million d’exemplaires, Écotopia est un récit d’une actualité saisissante qui offre une voie concrète et désirable pour demain, et ce faisant agit comme un antidote au désastre en cours.

Traduit de l’anglais (États-Unis) et préfacé par Brice Matthieussent





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Effondrement & Renaissance a une triple ambition :

1. Mieux appréhender l'effondrement

2. Comprendre les raisons de notre inertie

3. Construire une nouvelle société préservant la vie sur Terre


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